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Exclusif : DVD de Malcolm en France :
pourquoi ça coince

Par Alexandre Gennevois, le Mercredi 5 juin 2013

Alors que le Royaume-Uni commercialise saison après saison l'intégralité de la série en DVD, en France c'est le statu quo. Malcolm France a enquêté sur les raisons d'un silence assourdissant.

Se faire une petite soirée Malcolm en se repassant ses épisodes préférés, revoir les leçons de rollers de Hal, la journée de la famille au parc aquatique, le Noël de Francis chez sa grand-mère Ida, le permis de conduire de Reese, l'explosion du mythique Komodo 3000 ou encore l'opéra de Dewey, ce serait le bonheur et ce bonheur n'a, a priori, rien d'extravagant ou d'irréaliste.

Et pourtant... À moins d'avoir enregistré tous les épisodes diffusés à la télévision ou alors de passer carrément par des moyens plus détournés et illégaux, aucune chance que cela puisse arriver, en VF en tout cas.

En grand fan que vous êtes, il vous est sûrement plus d'une fois passé par la tête de vous procurer les coffrets DVD de la série pour ne plus dépendre des diffusions – certes régulières mais très aléatoires – sur les chaines du groupe M6. Vous avez pu alors constater l'inconcevable : la série n'est pas seulement introuvable en DVD dans les points de ventes français, elle n'a tout simplement jamais été éditée sur notre territoire.

Pourquoi une telle impasse ? Y'a-t-il un espoir que la situation se renverse ? Y'a-t-il du nouveau depuis l'édition miraculeuse de la série en Angleterre ? Pour vous, Malcolm France a mené sa petite enquête en contactant directement les responsables et se propose de faire le point sur tout ce que nous savons de cet improbable imbroglio qui bloque l'avènement de la série en VF sur nos lecteurs DVD…


Et pourtant, même l'Inspecteur Derrick a ses DVD…

Si la diffusion et la durée de vie d'une série télé sont soumises aux audiences, son édition en DVD en revanche n'est pas un privilège particulier. Il n'y a pas de petits profits : toutes les séries, mêmes celles qui ont été des échecs cuisants (John Doe, Moonlight, et tant d'autres !), celles qui ont été annulées ou interrompues brutalement (Deadwood, Rome, Pushing Daisies, etc.), celles qui ont pris un coup de vieux (La petite maison dans la prairie, La croisière s'amuse, L'île Fantastique, etc), les sitcoms des années 80-90 (Madame est servie, Notre Belle Famille, Une Nounou d'Enfer, etc.), les séries "franchouillardes" (Louis la Brocante, Joséphine ange gardien ou Une famille formidable) ou encore ces séries dont la majeure partie du public ne saurait pourtant pas utiliser un lecteur DVD (Arabesque, Inspecteur Derrick, etc.), TOUTES ont été éditées en DVD. Il suffit pour le distributeur d'adapter les quantités de production à la demande.

© Damourette / Sipa

Ce n'est donc absolument pas la qualité ou l'audience de Malcolm qui sont en cause dans cette absence aberrante d'édition DVD. D'autres séries bien moins réussies, bien moins plébiscitées et pas autant rediffusées ont pourtant eu leur coffret DVD. La série de Linwood Boomer aurait pu faire un flop ou sombrer dans les abysses des séries oubliées, cela ne rendrait pas plus normal le fait qu'elle soit introuvable dans le commerce. Non, apparemment, la vérité est ailleurs… Alors, pourquoi l'immense communauté de fans de Malcolm est ainsi privée de sa série culte en DVD et reste à la merci des multiples diffusions que les chaines du groupe M6 daignent programmer ?



Faites entrer les accusés : les synchronisation royalties (droits musicaux)

La musique est un élément crucial dans Malcolm qui agit directement comme un outil de mise en scène à part entière. Des dizaines de scènes, tout au long de la série, reposent sur un morceau mémorable : la poignante (!) chorégraphie de Hal en rollers sur "We are the champions" de Queen, "In Too Deep" de Sum 41 accompagnant la cavale de Reese durant son permis de conduire, "Fernando" de Abba lorsque Dewey improvise une danse romantique avec sa vieille nounou, et bien d'autres scènes dont le ressort comique s'appuie directement sur la musique. Ce sont ainsi des centaines de morceaux que l'on peut entendre au gré des 151 épisodes. Ironie du sort, ce sont toutes ces musiques qui, en nous offrant de nombreux moments cultes, ont aussi été la malédiction de la série et ont scellé son destin.

Les États-Unis d'Amérique sont le pays du dieu dollar, et les copyrights en sont la religion. Si les notions de droits d'auteur et de propriété intellectuelles sont évidemment chères à l'Europe, elles sont prises extrêmement au sérieux outre-Atlantique où les royalties sont très jalousement défendues, avec un zèle qui frôle parfois le fanatisme. Démonstration de cette importance (démesurée ?), de cette vénération accordée le copyright, les synchronisation royalties sont une spécificité américaine qui, dans une œuvre cinématographique ou télévisuelle, sépare strictement les droits concernant l'image et ceux concernant la bande son qu'on y appose.


Le terme synchronisation vient directement de la façon dont on nommait le fait de synchroniser une bande son à un film au début du cinéma parlant. Ce procédé et les notions de droits qui l'accompagnent ne sont donc apparus qu'à la fin des années 20, lorsque la Warner Bros crée l'événement en produisant le premier film (partiellement) parlé et chanté (Le Chanteur de Jazz, en 1927) et lorsque, peu de temps après, Walt Disney réalise un court-métrage d'animation intitulé Steamboat Willie (en 1928) qui marque non seulement la naissance de Mickey Mouse mais qui témoigne aussi d'une maîtrise impressionnante de la mise en scène, une véritable prouesse technique où l'action et les mouvements des personnages s'appuient parfaitement sur le rythme de la musique synchronisée au dessin animé.


L'erreur fatale de la Fox : 10 ans d'impasse

Pour notre plus grand malheur, il s'est passé quelque chose de tout à fait inconcevable : la Fox (la chaîne américaine qui diffusait Malcolm) n'a acheté que les droits de diffusion pour la télévision et n'a pas acquis les droits de commercialisation en DVD des très nombreuses musiques utilisées dans les épisodes. Il faut savoir que les synchronisation royalties atteignent des sommes exorbitantes aux USA et il semble que la Fox ne soit pas prête à payer le prix fort pour Malcolm.

Une solution permettant d'éditer enfin la série en DVD aurait consisté à remplacer les musiques utilisées lors de la diffusion à la télévision. Une méthode qui, heureusement, n'a pas été appliquée car nul doute qu'elle aurait été extrêmement mal accueillie par les fans et qu'elle aurait porté atteinte à la cohérence et à l'efficacité des scènes musicales les plus cultes de la série. Peut-on concevoir, désormais, la chorégraphie de Hal avec Craig sans la "Hamster Dance" ou la danse crispée de Reese et Malcolm sans "Take a Chance On Me" de Abba lorsqu'ils se croient homosexuels ? En octobre 2002 pourtant, Fox Home Entertainment édite aux USA l'intégralité de la première saison en DVD, avec une piste audio contenant le doublage français. Depuis, plus rien au pays de l'Oncle Sam...

Plus de dix ans maintenant que cette situation stagne et elle semble malheureusement bien partie pour durer aux USA, prise dans un cercle vicieux très bien analysé par Richard Walker, PDG de Fabulous Films. Dans une récente interview accordée à nos partenaires anglais Malcolm In The Middle Voting Community, il dresse un diagnostic plutôt pessimiste pour le public américain :

"C'est très improbable que la Fox édite la série en DVD aux États-Unis (…). Ils auraient dû le faire quand elle était encore diffusée et ils auraient réalisé de belles ventes. Maintenant, c'est une 'vieille' série pour eux, sans grand intérêt, et donc ils n'investiront pas le moindre dollar pour elle, d'autant plus que les droits musicaux atteignent des sommes astronomiques aux USA. J'avais contacté tous les principaux responsables et je n'ai obtenu aucun soutien. J'aurai essayé.


2012 : les DVD débarquent enfin en zone 2… au Royaume-Uni seulement

Si la situation semble durablement dans l'impasse pour la zone 1 (USA), la zone 2 (Europe) en revanche a connu un petit miracle en 2012, grâce au distributeur Fabulous Films, une société de distribution britannique dirigée par Richard Walker spécialisée dans les causes un peu désespérées, et qui s'est enfin attaquée de front au problème en éditant la série en DVD zone 2.

Comme la réglementation autour des droits de diffusion est beaucoup plus simple et souple en Europe, avec un investissement financier suffisant et de la bonne volonté, la situation s'est débloquée de façon inattendue et inespérée au Royaume-Uni. Cette nouvelle avait été un véritable coup de tonnerre parmi les fans et la rédaction de Malcolm France vous l'avait annoncée, pleine d'espoirs pour la suite, en février 2012.

Depuis, les coffrets ont commencé à paraître, les uns après les autres et sont disponibles sur les sites commerciaux comme Amazon.co.uk. Pour la première fois depuis son existence, la série Malcolm bénéficie d'une édition DVD pour toutes ses saisons.


Une victoire au goût de cendres

La commercialisation des DVD zone 2 constitue une victoire qui malheureusement, n'est pas totale ni parfaite puisque, très vite, nous avons pu constater que leur édition était extrêmement sobre et limitée dans son contenu. En plus d'une absence totale de bonus et autres contenus additionnels, elle ne propose que la version originale et cela sans le moindre sous-titre. D'un point de vue plus technique, la qualité du transfert des épisodes a été souvent critiquée, aussi bien par rapport au grain de l'image qu'au format.


Dans son interview, Richard Walker s'explique sur l'absence très regrettable de sous-titres sur cette édition 100% VO :

"J'aimerais beaucoup [ajouter des sous-titres] mais cela porterait à 10 000£ (presque 12 000€) le prix de chaque saison ! La saison 1 s'est vendue à environ 3 000 exemplaires, contre 500 pour la saison 4. Si la saison 1 s'était écoulée à 10 000 exemplaires à sa sortie, bien sûr que j'aurais ajouté des sous-titres. Le marché du DVD est en déclin total à cause du piratage et du partage de fichiers sur Internet, ce qui signifie que les vrais fans qui achètent réellement le produit sont privés de tous les contenus additionnels qu'ils sont habitués à trouver sur un DVD.

Ironie du sort, encore ; puisque, même si le piratage fait désormais partie de la part sombre de nos mœurs virtuelles, la série serait-elle autant téléchargée si elle avait bénéficié normalement d'une édition DVD ?


Un cercle vicieux qui s'éternise

On le voit bien, la série est prise dans une tourmente de vents défavorables qui fragilisent sérieusement l'éventualité d'une édition VF ou multilingue. L'étau des possibles se ressert. Plus les années passent, plus la série prend de l'âge, et elle apparait de moins en moins rentable pour les distributeurs qui préfèrent la délaisser plutôt que de prendre le risque financier de l'éditer. Conséquence de cette absence de DVD, les épisodes ont été très téléchargés depuis quelques années et cela a entretenu les distributeurs dans l'idée qu'éditer la série ne serait pas lucratif. Le malentendu est total.

Il y a un mélange de bonnes prédispositions et de malédictions qui pèsent sur le doux rêve d'une édition DVD VF que caressent les fans français. Le succès que rencontre toujours autant la série malgré plus d'une décennie de diffusion devrait être, en lui-même, une preuve que la sortie des DVD en France serait un véritable petit événement et que le succès serait au rendez-vous. Mais ce succès d'audience a peut-être un autre effet, plus pervers, sur la situation.


À qui profite le crime ?

Finalement, on serait bien tentés de croire que les seules qui se frottent vraiment les mains dans cette histoire, ce sont les chaînes du groupe M6 qui détiennent les droits de diffusion de Malcolm en France et qui ont fait de la série leur joker à toute épreuve. Depuis son lancement en France, le 24 décembre 2001, la série a été diffusée et rediffusée quasiment en continu et, sept ans après la fin de la dernière saison, elle continue de faire les beaux jours de M6, W9 ou Paris Première. En effet, Malcolm fédèrent toujours autant les téléspectateurs avec des audiences très satisfaisantes qui permettent de réparer rapidement et souvent en urgence les déprogrammations intempestives d'accidents industriels de la grille.

Si le groupe M6 profite autant de l'exploitation télévisuelle de la série, c'est justement parce que la télévision est encore le seul moyen légal de regarder la série en VF en France. Indirectement, l'absence d'édition DVD profiterait ainsi aux chaines ; elle entretiendrait même le succès de Malcolm qui garderait ainsi toute son aura de série inaccessible, celle dont on récolte précieusement les épisodes dès qu'ils font leur apparition dans notre petit écran et qu'on redécouvre toujours avec bonheur, comme au premier visionnage.

Il convient de néanmoins de nuancer cet impact d'édition DVD pour M6. En effet, force est de constater que des séries comme Inspecteur Derrick, MacGyver ou encore Vampire Diaries font les beaux jours de France 3, D8 et NT1 alors qu'elles sont parfaitement trouvables en DVD ! Chaque série a deux publics : les plus accros qui se sont procuré les DVD et les nombreux autres fans qui se contentent très bien des très fréquentes rediffusions à la télévision. Les multi-diffusions de la série ne sont donc pas un frein sérieux à l'édition de la série en DVD, pas plus que cette édition DVD ne serait une perte de profit pour M6, la série pouvant très bien continuer de rencontrer un succès d'audimat tout en se vendant bien en coffret vidéo.


Les sites de streaming, un fléau qui aggrave la situation

Bénéficiaires plus officieux du succès de la série et de la frustration causée par l'absence de coffret DVD, les sites de streaming qui sont nombreux à proposer l'intégralité des épisodes de la série. Dans l'idée où les fans ne disposent d'aucun support légal et officiel pour revoir les épisodes à leur guise, on pourrait se dire que ces sites leur rendent beau service en mettant la série à disposition sur leurs sites et qu'ils corrigent ainsi la regrettable négligence de la Fox et des distributeurs.

Mais la vérité est malheureusement plus trouble que cela. Les sites de streaming ne font pas acte de charité ou de philanthropie ; ils tirent directement profit du désarroi des fans privés de DVD qui viennent voir les épisodes sur leur plateforme et génèrent ainsi énormément d'argent grâce à la publicité. En même temps que les poches des webmasters se remplissent, le manque à gagner que cela engendre sur une potentielle édition DVD décourage les distributeurs et les détourne de l'idée de sauter le pas, d'investir dans la série pour la commercialiser. Indirectement et tragiquement, les fans contribuent à retarder ou carrément empêcher la sortie de leur série. Pendant ce temps, d'autres se font de l'argent sur ce rêve non exaucé d'une sortie DVD qu'ils ont tout intérêt à ne pas voir arriver pour le bien de leurs affaires.


Certes, même si ce cercle vicieux est tout à fait réel, il ne faut pas exagérer la gravité des dégâts. Au final, on en revient toujours là : toutes les séries, et même les plus téléchargées, sont malgré tout commercialisées. L'exemple le plus frappant est Game of Thrones. La saison 1 est sortie en DVD deux ans avant sa première diffusion sur Canal +. Son public français, la série l'avait rencontré grâce à un massif mouvement de téléchargement illégal à son encontre. C'est un fait, un secret de Polichinelle, une réalité dont les distributeurs semblaient avoir parfaitement conscience en commercialisant le coffret d'une série que personne n'était encore censé avoir vu et qui pourtant avait un public fidélisé.


M6 aux abonnés absents

Avec l'espoir suscité par l'édition britannique, nous avons souhaité interroger directement les différents protagonistes qui pourraient être à l'origine d'une éventuelle édition française de la série en DVD.

Qui de mieux que la direction du groupe M6, diffuseur exclusif de la série en France, pour nous renseigner sur un hypothétique futur coffret VF ? A priori, tout nous porte à croire que si la série devait débarquer en DVD sur notre territoire, le groupe qui en a fait un de ses programmes phares serait impliqué dans l'affaire et pourrait même faciliter le processus. Nous avons voulu en avoir le cœur net. Contactée par Malcolm France, la direction s'est dite dans l'impossibilité de nous renseigner pour la simple et unique raison que leurs droits sur la série ne concernaient que la diffusion télévisée et rien d'autre.

Puisque les réponses ne sont décidément pas du côté des diffuseurs (aussi bien la Fox que M6), nous nous sommes donc tournés vers des protagonistes plus directement impliqués dans le marché du DVD : les distributeurs, en l'occurrence, ceux dont le nom figure sur le coffret britannique.

© Jean-Christophe Marmara / Le Figaro

Melanie Tebb, une représentante de la société Hollywood-Classics qui co-distribue le coffret anglais de la série, nous a en revanche fourni plusieurs informations encourageantes :

"Le système pour l'acquisition des droits est différent dans chaque pays et le Royaume-Uni a désormais procédé à ce travail. Nous espérons qu'un distributeur français pourra collaborer facilement avec la société de distribution anglaise pour que ce travail soit aussi fait en France et que la série puisse y être éditée. Je travaille en ce moment-même avec un distributeur potentiel et je vous ferai savoir si nous avons trouvé un accord. Personnellement, je suis très contente de voir qu'il y a un tel engouement pour la série en France ; une sortie en DVD devrait être très lucrative. Je vous tiens au courant."

Richard Walker, PDG de Fabulous Films et de la société de distribution Fremantle a aussi répondu à notre appel. Au cours d'un entretien téléphonique, il a particulièrement insisté sur l'investissement financier très important que demande une série comme Malcolm à cause des droits pour la commercialiser sur un support destiné à un usage domestique et privé, au home entertainment, une facture salée pour des profits limités selon lui par l'ancienneté de la série et les dégâts causés par le téléchargement illégal.

Durant cet entretien, nous avons insisté sur l'enthousiasme et la mobilisation des fans, ainsi que sur les très bonnes audiences de la série toujours diffusée et donc loin d'être tombée aux oubliettes. Richard Walker n'était pas surpris par cet engouement qu'il constate lui-même sur le public anglais. Néanmoins, l'aboutissement d'une édition française n'est pas directement de son ressort, un distributeur français devra, à un moment ou un autre, parier sur la série et casser sa tirelire et donc il ne peut rien nous promettre.


Le doublage français en question

Une édition française de Malcolm en DVD n'aurait aucun sens si elle ne proposait – en plus de la VOST – l'excellente VF de la série. Cette bande sonore post-synchronisée que représente le doublage constitue une forme d'œuvre à part entière qui, comme un film ou une bande originale, a un commanditaire et un propriétaire. S'assurer de la présence de cette VF sur un coffret de la série serait donc un défi supplémentaire pour un éditeur éventuellement intéressé par l'idée de la commercialiser. La version française de Malcolm serait-elle l'objet d'un autre litige juridique faisant obstacle à une édition de la série ? C'est ce que nous avons cherché à savoir.

© 20th Century Fox / Thesupermat (Wikipedia) (photomontage)

La société de post-synchronisation qui a pris en charge le doublage de Malcolm est Libra Films, sous la direction de Catherine Le Lann. Parmi les nombreuses séries dont cette société a assuré la VF, on compte Roswell, Buffy contre les vampires et, plus récemment Hawai 5-0, Bones et Homeland.

Nous les avons contactés et c'est Patrick Couty, le directeur général en personne, qui a bien voulu répondre à nos questions. Il nous a expliqué qu'un doublage de film ou de série n'appartient pas au diffuseur qui la sollicite mais au distributeur du programme, en l'occurrence, il s'agit de la 20th Century Fox pour Malcolm. Si un éditeur autre que la Fox voulait donc commercialiser un coffret VF de la série, il devrait s'adresser à eux pour leur acheter les droits et non pas au groupe M6, comme on aurait pu être tentés de le croire.


L'avis d'une spécialiste

Vu de là, il semblerait qu'une édition DVD de Malcolm en France ne tienne qu'à la bonne volonté d'un distributeur qui fasse le même "acte de foi" que Richard Walker. Mais, au regard du Droit, y'a-t-il un quelconque blocage juridique empêchant clairement toute sortie de la série en DVD ou bien sommes-nous tout autant en mesure que nos voisins britanniques de la commercialiser ?

C'est une des questions que nous avons posées à Carine Bernault, maître de conférences et vice doyen à la faculté de Droit de Nantes, spécialiste de la propriété intellectuelle. Très intéressée par le cas d'école que représente Malcolm en la matière, elle nous a fait part de son analyse de la situation. Tout d'abord, elle nous en dit un peu plus sur le fonctionnement des fameux synchronization royalties et leur équivalent en France :

"Le 'droit de synchronisation' n'existe pas en tant que tel dans la loi. En fait, utiliser des musiques pour sonoriser un film ou une série constitue un acte d'exploitation de ces oeuvres musicales qui sont ainsi à la fois reproduites et représentées. En France comme aux États-Unis il faut donc évidemment obtenir le droit de réaliser un tel acte et payer les redevances qui en découlent. la formule 'droit de synchronisation' est donc issue de la pratique et non de la loi (on parle aussi parfois de 'droit de fragmentation').
La mise en oeuvre de ce droit est source de difficultés, et pas seulement aux USA. En France, la difficulté tient au point de savoir qui doit autoriser cette synchronisation au titre du droit d'auteur : la SACEM ou l'éditeur de l'oeuvre musicale ?
La jurisprudence a déjà considéré que le droit de synchronisation relève du droit de reproduction et il est donc géré par la SACEM. Cela signifie donc concrètement qu'il faut s'adresser à elle pour obtenir l'autorisation de synchroniser.
Mais dans certains cas, l'éditeur de l'oeuvre musicale s'est expressément fait céder par l'auteur le droit d'autoriser la synchronisation. Dans ce cas, c'est donc l'accord de chaque éditeur de chaque musique utilisée qui est nécessaire…
"

De là, une question s'imposait à nous : comment fonctionne l'obtention des droits d'une série d'origine américaine en vue d'une distribution en DVD et serait-on en mesure, dans les conditions actuelles, de faire exactement la même chose que le distributeur anglais Fabulous Films ? La réponse est clairement "oui" ! Selon Carine Bernault, "pour éditer une série en DVD, le distributeur n'a qu'à contacter le titulaire des droits pour obtenir – moyennant finances – l'autorisation de reproduire l'œuvre, de la traduire, de la sous-titrer."

© Camille Boulicault / Campus Communication

Tout semble donc d'une simplicité inconcevable au regard des énormes difficultés que rencontre la série pour se frayer un chemin jusqu'à nos lecteurs DVD. Carine Bernault ajoute néanmoins que toutes ses remarques ne valent que pour le droit d'auteur mais qu'il faut aussi envisager le droit des producteurs : "en France la SCPP ou la SPPF sont compétentes pour autoriser ces exploitations au nom des producteurs."

Cela est à peine croyable, mais il semblerait donc que, pour que Malcolm sorte enfin en France dans une édition contenant la VO sous-titrée mais aussi la VF, il n'y ait aucun obstacle insurmontable ou blocage juridique. Il ne manque, en réalité, que la motivation d'un distributeur français qui devra, à un moment ou un autre, parier sur la série et casser sa tirelire pour s'en procurer les droits en bonne et due forme.


Malcolm en DVD VF : Yes? No? Maybe? We don't know!

Comme Richard Walker nous l'a dit en concluant cet entretien : "It might happen" ("Cela pourrait se faire."), mais tout est dans ce "might", ce conditionnel qui rend cela encore très incertain. On a très envie d'y croire, d'autant plus que les fans français se mobilisent comme jamais, mais à quel point pouvons-nous nous fier aux propos rassurants de Melanie Tebb et y entrevoir un espoir de voir les coffrets de la série débarquer dans nos rayons ?

Si les américains semblent les grands perdants de l'histoire (il n'y a et n'aura probablement jamais d'édition zone 1), ils sont pourtant bien plus privilégiés que nous. On sait comme il est extrêmement facile de contourner le petit obstacle que constitue le zonage des lecteurs DVD. Un américain peut donc très simplement se procurer les coffrets zone 2 et apprécier la série sur un lecteur DVD dézoné ou sur son ordinateur.

© Tim Skutt (photomontage)

En revanche, un fan français qui n'aurait pas le privilège d'être bilingue ou qui, tout simplement, serait très attaché à l'excellente VF de la série, n'aura certes aucun mal à lire des DVD sur son lecteur, mais il devra se débrouiller quoi qu'il arrive avec la VO. C'est donc une édition qui ne profite vraiment qu'aux anglophones qui est sortie, et cela ne résout donc en rien le problème pour les milliers de fans européens qui souhaiteraient visionner la série dans leur langue.

Entre la parution des DVD anglais et les multiples rediffusions qui donnent encore une certaine actualité à la série et entretient son public, nous sommes dans une bonne dynamique. Les distributeurs français observent peut-être silencieusement les ventes au Royaume-Uni et évaluent ainsi le potentiel du produit avant de se lancer à leur tour dans le sillage de Fabulous Films. On peut toujours espérer, en tout cas, que l'un d'eux réalisera tout le potentiel lucratif d'une édition DVD de la série sur notre territoire et qu'il s'attellera à cette tâche délicate consistant à en obtenir les droits.





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